Journée d’Etudes – Lyon 23/01/09 – Bibliothèque de Bachut

Mediat Rhône-Alpes organisait vendredi 23 janvier une journée consacrée aux bibliothèques et développement durable. Chargé par les organisateurs d’en faire la synthèse, je vous livre ici mes propos, revus à la lueur des références et de lectures signalées.



I – Ecologie et développement durable : une question d’harmonie


Je reviens sur le terme utilisé – et pour cause par notre collègue suisse la Bibliothèque « umweltfreudlich » ! La signification de ce mot signifie bien « amicale au monde » c’est à dire en complète harmonie avec notre univers. Nous sommes bien dans l’écologie. Je me refererais aussi aux propos d’Alain Caraco qui disait ce matin que dans « développement durable » on devrait entendre équilibre, sociologique, économique, écologique. J’y ajouterai l’équilibre spirituel, car il s’agit bien d’une dimension « spirituelle », c’est à dire un équilibre entre le monde intérieur de l’homme (spiritualité) et le monde extérieur (l’écologie : la nature, les autres, etc…).


Ecologie et bibliothèques : une question de bonheur


Qu’il s’agisse de bibliothèques ou d’écologie, ne s’agit-il pas avant tout de Bonheur. Cela me rappelle Bogota, cité dans un article du « Courrier international » d’août 2007 – que je vous recommande vivement. Vous y apprendrez que M. Penalosa, ancien maire de la ville a balayé les suggestions des experts internationaux venus lui proposer des plans d’envergure pour « résoudre » les problèmes de circulation de Bogota. Adepte d’une philosophie qui prône à encourager non pas la croissance mais le bonheur humain, sa politique ressemble à l’écologie. Il injecte (je cite le CI) « les milliards économisés (par l’abandon de projets pharaoniques d’autoroutes urbaines NDLR) dans la construction d’écoles et de bibliothèques, de pistes cyclabes et de l’avenue piétonne la plus longue du monde. », avec pour résultat du lien social.


Développement durable : une question grave


Il s’agit là d’une question grave et en constante évolution car les ressources énergétiques diminuent de manière drastique, ce qui nous concerne et nous implique tous à savoir :

– les décideurs (les élus en particulier), les décisions – politiques – d’aujourd’hui seront la réalité de demain et les choix économiques opérés aujourd’hui nous engagent tous. Par exemple, que penser du fait de creuser des puits de pétrole de plus en plus profond quand on sait que cela ne représente pas la solution pour disposer de plus de ressources pétrolières. Il faut regarder les chiffres objectivement. De même les décisions d’hier sont la réalité d’aujourdhui. Ainsi on sait que les sociétés de transport sont dans l’ incapacité de satisfaire un public croissant de voyageurs si un nombre important de nouveaux usagers décide de prendre les transports en commun.

– les bibliothécaires. Oui, nous sommes des acteurs à part entière de l’évolution, car chacun à son niveau peut agir, pour aider les décideurs – car nous sommes souvent en position de conseil, pour accompagner les usagers dans une démarche plus écologique de transport, de déplacement en général, et d’usage courant de la bibliothèque.

– les usagers : sont aussi des acteurs du changement écologique. Nous avons vu à travers les exemples proposés que nous devons faire preuve de sensibilisation ou éducation, par exemple lorsqu’il s’agit d’expliquer l’usage de l’eau de pluie pour les toilettes (Bibliothèque de Liestal – Canton de Bâle en Suisse), ou tout simplement changer de comportement par rapport à l’éclairage. Il s’agit « pas après pas »  (nous a dit Yves Belmont, Drac Rhône-Alpes) de gagner du terrain.


 

II – La Bibliothèque : un bâtiment


Le bâtiment représentait souvent jusqu’à présent le seul point d’intérêt avoué des bibliothécaires pour ce qui concerne le développement durable.


Construire


Aujourd’hui (en général et ce 23 janvier en particulier) nous possédons de bonnes bases de travail pour comprendre les « décisions » écologiques à prendre lors d’une construction de bibliothèque, qu’il s’agisse de normes ou références (Minergieen Suisse, Passiv Haus en Allemagne ou HQE chez nous). Certes cela ne suffit pas car dans ce domaine comme dans d’autres, nous avons à faire face aux problèmes de relation entre architectes et bibliothécaires pour faire valoir les exigences bibliothéconomiques face aux exigences architecturales.


Incidences environnementales


Construire est une chose, il faut aussi en profiter pour se pencher sur les incidences dans le domaine de l’environnement, tels que les problèmes de déplacement ( du personnel de la bibliothèque, mais aussi des usagers), ou la gestion des déchets.


Construire ou aménager


c’est aussi agir sur le bâtiment existant (voir l’exposé de notre collègue de la BNF ou la réhabilitation de Liestal (Suisse). Un mot d’ordre : changer ou modifier ou faire modifier ce qui peut l’être, qu’il s’agisse du chauffage, de l’isolation, mais aussi tout simplement changer de comportement, dans le domaine de l’ informatique (gestion des imprimantes – en validant l’intérêt de partager les imprimantes), la mise en veille des appareils, changement des ordinateurs (faut-il les changer tous les trois quatre ans ?), l’utilisation de papier recyclé, et avoir un oeil sur le “bilan énergie” du bâtiment. Il s’agit de facto parfois de simplement appliquer les lois, telles que celles concernant les plans de déplacements des entreprises, applicables au secteur public. On peut aussi (tout simplement) revoir la question des déplacements en imaginant de travailler autrement (télétravail, visio-conférence), en améliorant la dématérialisation des documents (utilisation de “présentations” lors de conférences, mise en oeuvre de services à distance). Tout ceci exige bien entendu une forte mobilisation et une grande sensibilisation des équipes.


 

III – La bibliothèque et ses missions


 

A travers la reflexion sur le développement durable, se pose aussi la question de la bibliothèque et de ses missions. La bibliothèque est une collection et au sein de cette collection quelle est la place consacrées aux problèmes environnementaux ? Une bibliothèque c’est aussi un lieu d’échanges et de reflexion. Quelle place donnons-nous, avons-nous donner ou donnerons nous à ces problèmes. L’exemple de la Bibliothèque de Houille (Yvelines), qui à travers des expositions, des débats, la mise en place d’un point d’information « énergie » a organisé une série d’animations sur le sujet nous interesse particulièrement, car elle nous interroge sur notre intervention culturelle et concrète en tant que bibliothécaire.


 

Pour tenter de conclure…


Quelles conclusions peut-on tirer de la journée du 23 janvier. Une première ? Presque… mais première vraiment en ce qui concerne les bibliothèques publiques. Une journée très riche en contenu dont chacun pourra ressortir militant de la “bibliothèque écologique” s’il ne l’était pas encore et qui prouve qu’il y a encore aujourd’hui nécessité de convaincre. Suivant le principe “penser globalement, agir localement”, chacun pourra personnellement en profiter pour revoir ses mode de transports (ou faire revoir), aider à faciliter l’usage de la bicyclette (par l’installation de douches dans les locaux de la bibliothèque), étudier la gestion des déchets.

Il faut avant tout poursuivre la reflexion. Les Journées d’études de l’ADBDP, fin septembre 2009 (thème : “faut-il construire des bibliothèques ?”) pourraient en être l’occasion. Il s’agit aussi dans le domaine du développement durable de revoir la relation rural / urbain (la question des déplacements en milieu rural en particulier), le bâtiment bibliothèque en milieu rural, qui est souvent en harmonie avec le patrimoine, car l’usage (la réhabilitation) de bâtiments anciens bien pensés ( par ex. par rapport à l’orientation…) est un élément particulier de l’aménagement de bibliothèques.


Didier GUILBAUD, 28 janvier 2008

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